Montinard et Dubois analysent l’intégration économique d’Haïti dans la CARICOM

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En Haïti, l’enseignement supérieur parait comme un problème fondamental pour l’avenir de notre société. Surtout avec la crise systématique qu’a connue la seule université publique du pays. Cette crise possède un caractère structurel parce que l’UEH était créée et réservée à une catégorie sociale déterminée, elle est marquée par un caractère exclusiviste dès son origine. La crise possède également une dimension conjoncturelle car elle surgit à chaque moment dans la réalité. Ainsi, on constate des entités avec leurs faibles capacités d’accueil, isolés et concentrés dans la République de Port-au-Prince, cela donne lieu à une carence en professeurs-chercheurs qualifiés, un manque de bibliothèque et/ou d’espace de loisir et un faible niveau de production scientifique du côté des professeurs et des étudiants.

Ce phénomène n’est pas séparable à la tendance obscurantiste de l’État en Haïti, de certains medias haïtiens et la référence à répétition des explications religieuses aux problèmes de la société haïtienne. Alors, toute personne qui veut contribuer à la diminution de ces explications faciles et à la vulgarisation des explications scientifiques autour des problèmes de la société haïtienne est à encourager.

Dans cette perspective, nous présentons un mémoire de fin d’étude en niveau licence traitant la question de l’intégration d’Haïti dans la CARICOM. L’une des raisons qui nous a motivées à faire ce papier est l’organisation de la 29ème conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CARICOM le 26 et 27 février 2018 en Haïti.

Ce mémoire de fin d’étude de premier cycle est soutenu par deux étudiants du département de géographie de l’Institut d’Étude et de Recherche Africaine d’Haïti (IERAH). Ces deux étudiants sont Kenley MONTINARD et Mathieu DUBOIS, ils étaient de la promotion (2011-2015). Ils ont soutenu le mémoire devant le jury en mars 2017 sous la direction du professeur Jean Odile Etienne. Ils ont fait le choix de travailler sur Haïti et son intégration dans le Marché Commun de la Caraïbe. D’où son sujet de mémoire : « L’intégration économique régionale : Haïti face au Marché Commun Caribéen (CARICOM), constats et enjeux ».

Ce travail contient soixante-quatre pages, il est divisé en quatre grands chapitres : le premier consacre au cadre théorique et conceptuel, le second traite de la question méthodologie, le troisième retrace l’origine et analyse le traité de Chaguaramas et le quatrième et dernier chapitre présente une analyse descriptive sur la position d’Haïti dans la CARICOM. Alors pour mieux présenter le contenu du travail, nous allons élaborer sur les chapitres séparément et si possible nous pouvons commenter certains points de ce travail. Ce dernier peut représenter une grille de lecture pour tous ceux et celles qui s’intéressent à la géographie économique et à la question d’intégration économique et régionale.

D’abord dans l’introduction du travail, les auteurs ont présenté le thème, le sujet et formulé le problème de recherche. En d’autres termes, ils ont montré la nécessité de l’intégration régionale en précisant que «l’intégration économique régionale devrait permettre aux marchés latino-américains de la concurrence internationale est de tirer profit des économies d’échelle » sic. Pour ces apprentis chercheurs, l’intégration économique régionale doit promouvoir le développement socio-économique des pays. Parce que cette intégration augmente la productivité et la capacité économique des pays et elle favorise la compétitivité économique. Pour les auteurs, l’intégration régionale représente un paradigme moderne de développement. De fait, on constate la création de nombreux marchés communs comme la CARICOM, ils ont mis l’accent sur l’intégration d’Haïti dans ce marché. En plus, les auteurs identifient l’ensemble des avantages qu’Haïti peuvent bénéficier : un avantage socio-historique car elle est considérée comme le catalyseur de la liberté dans la région ; démographique parce qu’elle a la plus forte proportion de la population ce qui fait de lui le plus grand marché de la CARICOM. De là, ils ont abouti à trois objectifs et deux hypothèses dans lesquels ils veulent expliquer et comprendre l’intégration économique d’Haïti dans le marché commun caribéen.

Ensuite dans le premier et le second chapitre, les géographes en herbe ont tenté de situer leur travail du point de vue théorique et méthodologique tout en délimitant certains concepts clés du travail afin de les rendre intelligibles. En effet, dans cette partie du travail, ils ont défini un ensemble de concept et essayé de les décomposer comme l’intégration régionale, et ont montré l’ambigüité du concept de régionalisme et de régionalisation. Ils ont également élaboré sur le concept région, retracé l’histoire et l’évolution de l’intégration économique régionale, montré les différentes formes d’intégration qui existent, et enfin identifié certaines théories qui sont liées à la problématique de l’intégration régionale.  

D’un côté, il y a trois anciennes conceptions libérales, volontaristes et institutionnalistes, d’un autre côté, il y a aussi deux nouvelles visions industrielles, territoriales et politiques ou diplomatiques. En outre, dans le cadre méthodologique, ces jeunes chercheurs ont annoncé les différentes techniques de recherches qu’ils ont adoptées pour effectuer ce travail de recherche. Leur étude repose quasiment sur des recherches documentaires, ce qui constitue l’une des limites du travail.

Dans les deux derniers chapitres, les étudiants retracent l’origine de la CARICOM et son fondement juridique et ils effectuent une analyse descriptive de la place d’Haïti dans ce marché commun afin de confronter les hypothèses et les objectifs avec la réalité. Autrement dit, ces licenciés en géographie admettent que l’intégration économie de la région caribéenne a été un long processus. On avait avant tout la fédération des Indes Occidental qui allait aboutir à la création de la CARIFTA dans les années 1968 pour finalement former la CARICOM. Cette dernière a pris naissance avec la signature du traité le 4 juillet 1973 et rentre en vigueur le 1er août 1973. Les quatre membres fondateurs sont la Barbade, la Guyana, la Jamaïque et le Trinidad-et-Tobago. En 1997, il y avait déjà quinze membres avec Haïti comme la dernière rentrée.

Les pays sont catégorisés suivant leur statut comme membre, membre associé et membre observateur. La CARICOM entretient des rapports avec d’autres pays. Le traité de Chaguaramas qui est le fondement juridique de ce marché commun fixe les objectifs ayant rapport avec le commerce, la sécurité et la diplomatie entre les membres et il définit les principaux organes ; la conférence des gouvernements et le marché commun. En outre, Kenley et Mathieu étudient la position d’Haïti à partir du PIB, la croissance économique et le taux de chômage. Ils montrent que le bilan d’Haïti depuis après son intégration est plutôt mitigé tantôt ces indicateurs augmentent tantôt ils diminuent. Du coup, les auteurs admettent que l’intégration d’Haïti dans la CARICOM n’est pas tout à fait bénéfique pour la population haïtienne.

Donc, dans un contexte où la majorité de la population haïtienne voit la nécessité de transformer l’État en Haïti parce que les problèmes de la société sont présents à tous les niveaux et ce dernier montre son incapacité à résoudre ces problèmes, puis, dans un contexte actuel où le pays va organiser la 29ème conférence des chefs d’État pour la CARICOM.

Alors, le travail de Kenley et de Mathieu mérite d’être consulté parce qu’il présente une grille de lecture de l’intégration du pays dans ce marché commun. De plus, ils proposent quelques pistes pour rendre opérationnel le bénéfice de cette intégration économique pour Haïti. Nous devons commencer à donner une place importante à la production scientifique afin de rendre intelligible nos problèmes. Nous voulons terminer avec certaines questions à propos de l’intégration régionale : quel est le contexte historique d’émergence des organisations régionales ? Ces dernières n’inscrivent-elles pas dans la logique système-monde ou encore dans la perspective Centre-Périphérie ? N’y est-il pas nécessaire de développer d’autre forme d’intégration en écartant cette logique ? Comment peut-on expliquer l’intégration économique d’Haïti dans la CARICOM alors qu’elle reste un pays quasiment improductif ? Comment Haïti peut-elle profiter de cette intégration ?

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