Enseignement à l’Université d’État d’Haïti (UEH) dans le contexte actuel de la pandémie Covid-19

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À la fin de l’année 2019, le virus SARS-COV-2 responsable de la pandémie et la maladie COVID 19[1] est apparu à Wuhan, une ville en Chine. Depuis que la COVID 19 s’est transformée en pandémie, presque aucun secteur n’est épargné de ses incidences. Ainsi, en plus des effets néfastes de la pandémie sur la santé des populations, ses impacts sont aussi d’ordre économique, politique… Par exemple aux États-Unis, actuellement pays le plus touché par la pandémie, le coronavirus a causé la perte de 20,5 millions d’emplois en avril[2]. Dans cette conjoncture de crise mondiale, l’enseignement supérieur n’est pas à l’abri.

Une situation qui a provoqué la fermeture des universités. La situation de l’enseignement supérieur dans le monde devient très compliquée. Plusieurs millions d’étudiant. e. s sont incapables de suivre leur cours d’après l’UNESCO[3]. Les responsables d’université font face à une situation inédite dans l’histoire de l’enseignement supérieur dans le monde et ils doivent agir et innover pour sauver l’année académique 2019-2020 et planifier en conséquence l’année suivante. Alors, le choix de l’enseignement à distance s’est donc imposé comme alternative. D’où l’usage de la technologie devient indispensable dans un tel contexte.

Plusieurs universités principalement en Amérique du nord et en Europe ont terminé leur session et au Canada par exemple des Universités ont déjà annoncé que la session d’automne se fera également en ligne. Face à cette conjoncture, comment le problème de l’enseignement supérieur se pose-t-il en Haïti ? Comment l’Université d’État d’Haïti comme la plus grande institution d’enseignement supérieur et public du pays a-t-elle géré cette situation afin de sauver l’année académique ? Est-ce que les dirigeants ont la volonté, la capacité et les compétences nécessaires pour faire face à une telle crise qui frappe tous les secteurs de la société ? Je vais essayer de proposer des pistes de réflexions sur la gestion de l’UEH dans ce contexte difficile spécifiquement en termes de mesures pour assurer la poursuite de l’enseignement.

UEH : enseignement à distance ?

« […] L’enseignement numérique à distance, en Haïti, en est encore au stade de l’expérimentation et les résultats attendus sont loin d’être au rendez-vous[4] ». Néanmoins, le conseil exécutif illégitime de l’Université d’État a publié un communiqué après l’état d’urgence sanitaire déclaré par Jovenel Moïse, pour annoncer la suspension des cours et d’autres activités académiques présentielles et encourage les professeurs à continuer leur travail d’enseignement, de recherche (quelle recherche ?) et d’encadrement des étudiant. e. s[5] à distance. En outre, plus tard, soit le 21 avril 2020, ce conseil a annoncé qu’il a mis à la disposition des enseignant. e. s deux outils technologiques pour faciliter la poursuite des cours afin de sauver l’année académique : le Microsoft Team pour l’organisation des rencontres à distance et la plateforme numérique dite pédagogique de l’Université pour dispenser les cours à distance. À première vue, on pourrait dire que l’Université d’État d’Haïti se met au diapason avec le temps et s’adapte au contexte de la COVID-19 pour assurer la continuité de l’enseignement présentiel à distance. Avant de faire un coup d’œil plus profond sur cette plateforme virtuelle afin d’aller au-delà de cette évidence, je tiens à préciser brièvement ce que requiert une telle transformation, passage de l’enseignement présentiel à l’enseignement virtuel.

Enseignement virtuel dans le contexte actuel

Le choix de l’enseignement à distance implique un ensemble de dispositifs. La conception d’un cours en ligne n’est pas tout à fait la même qu’un cours présentiel. L’usage de la technologie à l’enseignement supérieur devient indispensable pour toutes universités qui veulent poursuivre leurs activités académiques dans le cadre de cette crise mondiale.

D’abord, pour assurer un enseignement à distance cela demande un dispositif technologique adéquat. Mais cela ne suffit pas puisque les personnes qui vont s’en servir doivent avoir la connaissance de la technologie choisie. Il est fondamental d’avoir un service technologique disponible pour assistance en cas de besoin et de problème. Car on ne peut pas contrôler tous les aléas de la technologie. En plus, tous les professeurs n’ont pas nécessairement les compétences requises pour assurer un enseignement à distance, car l’enseignement virtuel n’est pas un simple transfert en ligne de l’enseignement présidentiel. Donc, la formation des professeur. e. s est indispensable en ce sens, car ils doivent être en mesure d’adapter leur cours en mode virtuel. La technopédagogie fournit au monde universitaire des outils théoriques et techniques pour assurer ce travail. De la conception jusqu’à l’évaluation, il faut pouvoir adapter son enseignement en contexte virtuel. En d’autres termes, les professeur. e. s doivent se doter de ce que Tony Bates appelle « les habiletés nécessaires à l’ère numérique[6] ». Ces quelques considérations sont non exhaustives et ne prennent pas en compte les questions d’ordre structurel nécessaires à assurer un apprentissage actif, accessible et inclusif. Où se situe l’UEH, la plus grande institution d’enseignement supérieur d’Haïti dans ce nouveau contexte ? Alors, est-ce que les « autorités » de l’UEH ont pris les mesures adéquates pour assurer la poursuite de l’enseignement afin de sauver l’année académique ?

Je vais réfléchir sur les soi-disant dispositions prises par le conseil exécutif illégitime de l’UEH pour poursuivre les cours en ligne. Je vais me référer à la plateforme de formation virtuelle et la confronter avec la réalité. Car, dans un contexte où l’UEH devrait en phase d’assurer le renouvellement du conseil exécutif, je fais l’hypothèse que les promesses des « dirigeants » de l’UEH s’inscrivent dans la même logique propagandiste mensongère du régime PHTK qui a une incidence néfaste sur les comportements des gens puisque personne ne fait confiance aux « autorités ».

D’abord, je veux souligner un acte pour attirer l’attention sur le modèle de « dirigeants » qu’il y a à la plus haute instance de l’Université. La plateforme de publication et de diffusion de revues en sciences humaines et sociales CAIRN (https://www.cairn.info/a-propos.php) est un site qui offre une variété de revues dans ce domaine. De nombreuses universités et institutions y sont abonnées afin de faciliter l’accès à leurs membres, car il y a aussi des articles qui ne sont pas en libre accès. En visitant le site (https://www.cairn.info/acces_hors.php), je confirme une information qu’un ami a partagé avec moi à savoir l’abonnement de l’UEH à CAIRN. Je constate qu’il y a trois institutions en Haïti qui sont abonnées à CAIRN : CNF de Port-au-Prince, Université d’État d’Haïti et FOKAL — Open Society Foundation — Haiti. Pourquoi je viens avec cette question ? Autant que je sache comme ancien étudiant de l’Université, la majorité des professeur. e. s et étudiant. e. s n’ont pas un compte institutionnel de l’UEH leur permettant d’accéder à ces ressources qui pourraient grandement aider dans un pays où l’enseignement supérieur se fait quasiment sans bibliothèque et laboratoire. Alors, je me demande pourquoi payer un abonnement annuel à ce site alors que les étudiant. e. s et professeur. e. s n’y ont pas accès ? Ou du moins est-ce que cet accès est réservé au club de petits copains alliés et soumis aux « dirigeants » ? Il semble que la grande majorité des étudiant. e. s et professeur. e. s ne sont même pas au courant. Je n’ai pas de réponse à ces questions toutefois elles soulèvent des doutes sur les « dirigeants ». Maintenant, je vais voir dans quelle mesure la plateforme virtuelle de formation de l’UEH est-elle fonctionnelle afin d’éviter aux étudiant. e. s de perdre l’année académique dans ce contexte d’incertitude de crise sanitaire.

La plateforme pédagogique en ligne de l’UEH

En parcourant l’interface du site de cette plateforme, j’ai pu remarquer qu’elle est catégorisée en fonction des différentes facultés de l’UEH, des facultés régionales, du campus de Limonade, des programmes de maitrise, de l’école doctorale… Quel a été le constat ? Pour la Faculté des sciences humaines qui a quatre départements plus l’année préparatoire, il n’y avait que sept cours enregistrés sur la plateforme ; l’École normale supérieure, six cours enregistrés ; la Faculté de droit et des sciences économiques, deux cours ; la Faculté linguistique appliquée, dix cours ; la Faculté d’ethnologie ainsi que le Campus Henri Christophe de Limonade n’ont pas de cours enregistré. En fait, c’est la réalité globale de toutes les entités présentes sur la plateforme de l’Université. Cette triste réalité induit qu’il n’y a pas vraiment une plateforme fonctionnelle pour faciliter l’enseignement à distance dans le contexte de la Covid-19 comme l’a dit le conseil exécutif illégitime de l’UEH. Comment se fait-il qu’une entité comme la FASCH qui a quatre départements (sociologie, travail social, communication et psychologie) plus l’année préparatoire a seulement 7 cours enregistrés ? Où se trouve le problème ? Est-ce qu’il est dû à une absence de compétence de la part de majorité du corps enseignant ? À supposer que ce soit le cas, quelles sont les mesures prises par le rectorat afin d’accompagner les professeur. e. s ? Et les cours enregistrés ? Est-ce qu’ils sont dispensés effectivement ?

Dans les échanges que j’ai eus avec des étudiant. e. s et professeur. e. s, j’ai appris que les cours ont cessé depuis la fermeture de l’Université et il n’y a pas une alternative offerte pour poursuivre l’enseignement à distance. En outre, un professeur qui a des cours enregistrés sur la plateforme m’a informé qu’il s’agissait d’une initiative personnelle de mettre ses cours en ligne, mais ce n’était pas une disposition globale d’innovation pour créer des conditions de l’enseignement virtuel à l’UEH. Et son choix remonte à 2018, bien avant cette question de Covid-19. Il avait essayé une fois de faire des enseignements à distance, cela était difficile parce que l’accessibilité des étudiant. e. s à la plateforme était compliquée à cause des problèmes techniques. C’est probablement le cas pour la majorité des cours enregistrés sur la plateforme. Alors que, « […] la “plateforme pédagogique numérique” de l’université qui, selon les dirigeants, devra permettre aux enseignant. e. s de dispenser des cours en ligne avec la possibilité d’insérer des plans et contenus de leurs cours, de créer des espaces afin de recevoir les devoirs des étudiants tout en évaluant leur performance. Ils pourront également assurer la formation de manière directe ou en différé, et organiser toute activité facilitant l’apprentissage des étudiant. e. s, à partir de ce lien : https://ueh.edu.ht/formation/ ». En effet, est-ce qu’il n’y a pas lieu de se demander si le conseil exécutif ne se lance pas dans une logique de faire des promesses pour la consommation de l’opinion sans prendre les dispositions nécessaires pour les matérialiser comme c’est très à la mode avec le régime en place.

La note de la Faculté des sciences humaines, « Adresse à la communauté facultaire », du 5 mai 2020 publiée plusieurs semaines après l’annonce de la poursuite des cours en ligne par le rectorat ne traduit-elle pas que l’annonce du rectorat n’est effectivement que de la propagande à la Jovenel ? Allons voir ! Dans le point 2 de la note, la faculté annonce la reprise de soutenance des mémoires en respectant un protocole qui suit les consignes sanitaires (lavage des mains, assistance réduite, distanciation physique et port des masques) alors que « les dirigeants assurent que cette application [Microsoft Team] est déjà en utilisation au sein de l’université, puisqu’elle a déjà permis de réaliser la soutenance (de mémoire) à distance ». La FASCH n’est-elle plus une entité de l’UEH ? Pourquoi elle n’est pas disposée d’un tel outil technologique pour faire les soutenances ou est-ce qu’elle en dispose, mais les dirigeant. e. s et professeur. e. s sont réticent. e. s quant à l’usage de la technologie par manque de compétence ? Si le deuxième scénario était vrai, alors il est facile d’être résolu en fournissant une assistance technique et des formations pour les apprendre cet outil. Si le premier scénario est plutôt vrai, encore une fois l’idée de propagande du rectorat comme le fait son allié, l’inculpé Jovenel Moise sans prendre les mesures concrètes de mettre en œuvre ces promesses révèle fondée.

Un dernier élément que je veux considérer dans la note de la FASCH est le point 5 qui dit, « étude des possibilités de cours en ligne sur la plateforme de l’UEH ». Si la faculté est en train d’étudier la possibilité de cours en ligne sur cette plateforme, cela veut dire que dans cette conjoncture spéciale de COVID 19, il n’existe pas un cadre d’action globale des « dirigeants » pour faire face à cette nouvelle réalité. Parce que le conseil exécutif illégitime, de son côté, avait déjà lancé le sauvetage de l’année académique grâce à l’enseignement virtuel pendant qu’il n’existe pas réellement de dispositions en vue de concrétiser ce vœu. Alors, ce point 5 de la note de la FASCH insinue que c’est une initiative à part qui n’entrerait pas dans un plan global pour aborder l’enseignement dans cette nouvelle conjoncture. 

Une réforme dans l’impasse depuis les dispositions transitoires de 1997

En son chapitre 27, les dispositions transitoires, les quatorze pages régissant l’Université jusqu’à présent, stipulent : « Le Conseil de l’Université formera dans un délai ne dépassant pas trente (30) jours après son entrée en fonction une Commission chargée de préparer le Projet de réforme de l’UEH dans tous ses aspects. Cette Commission élaborera, en particulier, un projet de loi organique de l’UEH. Cette Commission sera composée de Représentants du Rectorat, des Directions, d’Enseignants, d’Étudiants, de Personnels administratifs, de Représentants du Gouvernement et de la Société civile ». 1997-2020 soit 23 ans après où en est-on avec cette réforme ? Si effectivement cette réforme avait eu lieu, serait-il pertinent de débattre dans ce contexte sur la possibilité d’un enseignement à distance ? Peut-être, il s’agirait de discuter sur les meilleurs choix à faire, mais pas sur l’absence de politique d’enseignement supérieur prenant en compte l’usage de la technologie. Je me demande aussi s’il n’y a pas une volonté politique quelque part pour que la réforme n’aboutisse pas sachant qu’à chaque mouvement étudiant qui réclame une réforme, les responsables de l’UEH ont toujours le réflexe autoritaire et cherche à criminaliser les mouvements étudiants.

Je pense que le contexte de la pandémie remet encore sur la table la question de la réforme de l’Université. Et c’est aux étudiant. e. s d’abord de s’organiser afin de provoquer une réforme progressiste de l’Université. Les étudiant. e. s sont les éternelles victimes des crises répétées qu’elles soient internes ou externes à l’Université. Donc, il faut lutter une fois pour toutes afin d’avoir une Université digne de nom avec des membres dignes d’en faire partie également. Une autre université pour une autre société et vice versa.

En guise de conclusion

Je veux surtout clarifier que je choisissais de ne pas tenir compte des questions d’ordre structurel ici, question de temps et d’espace, mais aussi je m’intéressais principalement à ce qui se fait par rapport aux annonces du conseil exécutif illégitime. Surement, il y aura des avocats du diable qui vont dire l’UEH a des problèmes financiers qu’il faut en tenir compte. Je les réponds d’une part qu’il y a des années que l’Université est obligée de retourner des fonds à la finance parce qu’elle n’est pas en mesure de les utiliser. D’autre part, le rectorat de l’Université est l’une des entités les plus budgétivores, il a beaucoup plus d’argent dans le budget que certaines facultés. Pour faire quoi ? Pour payer des policiers à des fins politiques pour militariser l’espace universitaire ? En plus, dans toute l’histoire de l’UEH, il semble que c’est la première fois qu’un conseil exécutif s’entend aussi bien avec un régime politique malgré tout ce l’on sait. Donc, à mon avis, dans ce contexte spécial d’état d’urgence sanitaire, les « dirigeants » doivent pour une fois se mettre à la hauteur de leur poste pour éviter que les étudiant. e. s soient les éternelles victimes dans les contextes de crise. Pour terminer, je crois que le contexte de la pandémie du coronavirus est une opportunité pour poser la question de la réforme de l’Université et l’usage de la technologie dans l’enseignement à l’UEH. Je veux finir avec une petite réflexion sur l’usage de la technologie en enseignement vu qu’elle devient indispensable dans cette conjoncture de crise pour toutes universités qui veut assurer la poursuite de ses activités académiques malgré la pandémie.

De plus en plus, la technologie occupe une place importante dans les sociétés. La technologie entre dans presque tous les domaines, dont l’enseignement à tous les niveaux. De nos jours, la technologie devient un outil important dans l’enseignement et indispensable dans le contexte actuel. Je pense que la technologie peut jouer un rôle important dans l’enseignement dans un contexte où la distanciation physique est de mise. Mais comme l’a dit José Antonio Bowen[7], la technologie est un outil. En ce sens, son utilisation nécessite un ensemble de principes qui facilite un bon usage dans l’enseignement. Je pense que l’usage de la technologie dans l’enseignement peut améliorer la qualité de l’enseignement. Cela facilite l’accès à différents savoirs et en un temps record. La relation entre enseignant. e. s et apprenant. e. s devient plus facile aussi en termes d’échanges, de partage et d’accès à la documentation. Donc, à mon avis, la technologie est importante dans l’enseignement parce qu’elle apporte une valeur ajoutée à celui-ci. Par ailleurs, de même que la technologie contribue à l’amélioration de l’enseignement, elle peut être un problème également si on ne fait pas un usage correct en fonction des besoins et de la réalité aussi. Donc, la réforme de l’UEH doit nécessairement prendre en compte l’usage de la technologie pour assurer ses missions d’enseignement, de recherche et de service à la communauté.

Walner OSNA


[1] https://www.chumontreal.qc.ca/crchum/nouvelles/mise-au-point-sur-le-sars-cov-2-et-la-covid-19

[2] https://www.journaldemontreal.com/2020/05/08/etats-unis–205-millions-demplois-perdus-en-avril-a-cause-du-coronavirus-niveau-record

[3] https://www.auf.org/nouvelles/actualites/etude-de-limpact-covid-19-lenseignement-superieur/

[4] https://www.haititechnews.com/lenseignement-numerique-a-distance-en-haiti-loutil-dune-elite/?fbclid=IwAR2OSfjC3tHoe_smUVvFMrxNSI6ywrmC3FH16y5B7AoMU_bEQbUmTtfG_tw

[5] https://www.haitilibre.com/article-30350-haiti-covid-19-fermeture-des-universites-message-de-l-ueh.html

[6] Bates A. W. 2019. L’enseignement à l’ère numérique : Des balises pour l’enseignement et l’apprentissage, https://teachonline.ca/sites/default/files/pdfs/tony_bates-teaching_in_a_digital_age-fre.pdf

[7] https://youtu.be/HpdUyw_vJcU

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