Michel Présumé, un présumé dilapidateur des fonds Prétroccaribé, nommé directeur de l’EDH

330

Partagez cet article

Indexé dans des cas de corruption, notamment celui de la dilapidation des fonds Pétro-Caribe, Michel Présumé poursuit tranquillement sa carrière dans la sphère publique. En effet, à la place de l’ingénieur Hervé Pierre Louis, l’ancien secrétaire d’État à la Planification au Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE) est nommé Directeur Général de l’Électricité d’Haïti (EDH).

Alors que la structure responsable d’approvisionner en électricité sur l’ensemble du territoire national peine à prendre convenablement ses responsabilités envers la population, Monsieur Jovenel Moïse a cru bon de procéder à quelques changements au sein de cette institution d’État. De ce fait, par arrêté en date du 6 juillet 2020, le locataire du palais national a fait la nomination de Michel Présumé comme directeur de l’EDH. Est-ce un moyen pour le représentant du régime Tèt Kale de réaliser et/ou tenir sa promesse de kouran 24 sou 24 ? Nul ne le sait. En revanche, on sait que cela fait plus d’un an depuis que ce projet reste encore au de promesse ou de mensonge pur et simple.

La nomination de Michel Présumé à la tête de l’EDH a eu l’effet d’une bombe. Dans un laps de temps, elle a suscité de partout des réactions controversées dans les médias, au niveau de la société civile haïtienne et dans certaines organisations progressistes du pays. Selon des membres de la société civile, cette nomination prouve que les autorités étatiques ne font que permettent à leurs proches de profiter de leur pouvoir en les nommant à la tête des institutions d’État et ne s’en foutent pas mal du peuple.

« La nomination de Michel Présumé indexé dans le rapport Pétro-Caribe n’est pas un hasard. C’est la confirmation que le système corrompu se renouvèle lui-même », lit-on dans un tweet du collectif des citoyens engagés Nou Pap Dòmi. La « Fondation Je Klere » abonde à peu près dans le même sens. Dans un communiqué paru ce 14 juillet, la fondation que dirige Marie Yolène Gilles dénonce cette nomination scandaleuse en précisant que Jovenel Moïse « s’était séparé de son chef de cabinet Wilson Laleau pour son implication présumée dans le gaspillage du fonds Pétro-Caribe », pur paradoxe.

De l’implication de Michel Présumé dans le gaspillage des fonds Petro-Caribe

L’actuel directeur de l’Électricité d’Haïti n’est pas à sa première fonction dans l’administration publique. Bien avant celle-là, il a occupé un peu plus de deux (2) fonctions précédentes depuis la montée du PHTK au pouvoir. D’un côté, Michel Présumé a été installé en avril 2014 comme secrétaire d’État à la Planification au MPCE. D’un autre côté, il a travaillé comme « directeur des bâtiments publics à l’Unité de la construction des logements et bâtiments publics (UCLBP), responsable, après le tremblement de terre de nombreuses constructions et donc de l’utilisation des fonds Pétro-Caribe et de la commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti », rapporte la FJKL.

Dans son second rapport sur la gestion des fonds Pétro-Caribe sorti en mai 2019, la Cour Supérieur des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) accuse Michel Présumé d’infractions pénales pour lesquelles il risque de lourdes peines de prison, la restitution des fonds détournés et des amendes élevées. Son nom est mentionné parmi les personnes identifiées par la CSCCA comme responsables de la dilapidation de fonds alloués à des projets, notamment le projet d’intervention dans le quartier de Jalousie à Pétion-Ville et le Projet de réaménagement de Carrefour des ruisseaux, entre autres. De plus, le rapport en question indique que l’ancien cadre du MPCE est impliqué dans l’affaire Agritrans, firme de l’actuel président, Jovenel Moïse, qui était chargé de la réhabilitation de la route de Borgne.

De telles allégations intriguent et suscitent nombre questions dont celles qui suivent. Pourquoi maintenant toutes ces contestations ? Alors que plus d’un savait que celui-ci a été indexé dans le rapport Pétro-Caribe. Pourquoi Michel Présumé n’a pas été interpellé par la justice haïtienne ? Dans quel but l’administration Moïse-Jouthe procède-t-elle à de telles nominations (Rockfeller Vincent, à la tête du Ministère de la Justice et Michel Présumé, comme DG de l’EDH) ?

Absence de volonté chez les autorités juridiques

La CSCCA avait promis pour le mois de mars dernier le rapport complet sur la gestion des fonds Pétro-Caribe. Plus de trois (3) mois plus tard, pas même une page du rapport en question n’a été rendu publique. Il semble que les cadres de la Cour se retrouvent coincés dans une impasse et peinent à trouver la sortie. En revanche, les personnes indexées dans les deux premiers rapports circulent librement sans que personne ne les demande des comptes. Ils accèdent à la tête des institutions de l’État sans la CSCCA alors qu’ils sont encore soupçonnés de corruption, « sans un arrêt de quitus de la Cour Supérieur des Comptes et du Contentieux Administratif et sans une ordonnance de non-lieu du juge d’instruction en charge du dossier Pétro-Caribe », assure la FJKL. Du coup, on se demande, qu’est-ce qui empêche la sortie du rapport complet sur la gestion des fonds Pétro-Caribe ? Quoi d’autres va-t-il nous apprendre ? Et pour reprendre la question de la « Fondasyon Je Klere », comment un tel fonctionnaire peut-il accéder à un autre poste de responsabilité sans s’expliquer par devant la justice sur les faits à lui reprochés ? De qui Michel Présumé a-t-il obtenu décharge ?

À la suite des nominations d’un incompétent et d’un présumé corrupteur, quel sera le qualificatif de la prochaine personne que le tandem Moïse-Jouthe nommera à une fonction dans l’administration publique ? A qui ou à quoi doit-on s’attendre ? Serait-ce un gracié du président ? Dans quoi serait-il indexé ?

Leave Comments