Le procès du déni communautaire en Haïti : une mécanique d’entrave de l’altérité (2ème partie et fin)

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L’usage des adages/dictons constituant notre champ d’analyse, au-delà du fait qu’ils sont subséquemment conditionnés par la production multiculturelle et socio-conjoncturelle, néanmoins sont susceptibles d’inciter, d’occasionner des modes de rapports, d’interrelations conscients ou inconscients conduisant à toute sorte d’infamie et de compromission. Ces rapports et inter-relations, souvent, se développent entre les groupes d’intérêt autour des dirigeants politiques, des clans/groupes proches des autorités administratives, et aussi entre les prestataires de services dans l’administration publique et les agents/fonctionnaires. La tendance à outrepasser les règlements et normes de fonctionnement des institutions publiques haïtiennes, de par l’extrême avidité, l’incessante goinfrerie affichée par les dirigeants/dirigés, à cause de la collusion d’intérêt entre secteur public/secteur privé, la discorde et la zizanie entre prestataires/usagers de service publics au sein de l’administration publique, il en résulte de manière continue une criante opacité sur le mode gestion et le mode d’organisation des opérateurs du service public. D’un côté, l’on retrouve les fonctionnaires se livrant à des pratiques de colportage et de chantage pour sous-tirer de l’argent des prestataires, et en même temps susceptible d’établir un réseau de raquette – de l’autre côté l’on retrouve les prestataires qui se lancent dans la quête d’établissement des relations jonchées de clientélisme et de favoritisme auprès des fonctionnaires esquivant les normes institutionnelles, les principes directeurs de l’administration publique.


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Si l’on s’en tient aux étroites relations des pratiques abjectes, corruptrices des politiques et de leur acolyte en rapport aux différentes représentations mémorielles collectives faites des aphorismes tels que : « baz pa m, kolòn ki bat, moun pa m, klan pa m, zo kòt pa m », on pourrait déjà entrevoir la pérenne corruption d’État est représentative de la faiblesse structurelle des institutions publiques. Les hommes politiques, aussi bien que tous ceux et toutes celles qui sont en poste de responsabilité dans l’administration publique en Haïti, le plus souvent se disposent et se placardent à contourner les normes définissant le cadre de leur responsabilité. Ils préfèrent adopter et préconiser un type de supplantation stratégique des normes administratives sous le couvert de la politique, c’est-à-dire, le jeu partisan, tout en interpellant et en mobilisant ces codes langagiers (adages/dictons) dressant, érigeant des passerelles de traitements de faveur. En ce sens, John E. JOSEPH voit dans « l’usage des adages/proverbes dans l’arène politique comme une passerelle incontournable, susceptibles de contre-faire ou même défaire les règles et principes connus de tous. Ils sont une sorte de création impromptue pourtant impensable dans les jeux et rapports politiques entre acteurs et adhérents/sympathisant[1] ».    

En pratique, les affaires de corruption, dans presque la majorité des cas, embrassent, côtoient toujours le phénomène du clientélisme. Ces deux termes sont fréquemment accolés l’un à l’autre. Ce rapprochement des deux termes suggère, selon Jean-François MÉDARD[2] marque leur point de connexion. Il poursuit, en affirmant qu’ils se recoupent largement sur le plan conceptuel et analytique sans se confondre, et de surcroît, sur le plan empirique, les phénomènes auxquels ils renvoient sont fréquemment associés. Il postule qu’il existe l’intérêt d’une double clarification, relative aux concepts en premier lieu, et aux interactions entre les phénomènes auxquels renvoient les deux concepts. Dans cette même perspective de clarification, Donatella DELLA PORTA[3] oppose ainsi la corruption politique, définie comme un troc, décisions politiques contre argent, et le clientélisme, stipulant échange de faveurs contre les suffrages électoraux.

Le clientélisme s’oppose alors à la corruption marchande, comme une forme de corruption fondée sur un échange social s’oppose à une autre forme de corruption fondée sur un échange économique. Ainsi, le clientélisme politique repose sur un ensemble de pratiques qui instrumentalisent politiquement certains types de relations personnelles. Au fondement du clientélisme politique se trouvent des relations de clientèle sur la base desquelles vont s’édifier des réseaux de clientèle. Jean-Louis Briquet, spécialiste du phénomène de la corruption et des réseaux de clientélisme d’État dont les travaux se situent sur le terrain d’Italie et de la France, dans plusieurs de ses travaux que ce soit dans son article intitulé « système des pots-de-vin. Normes et pratiques des échanges corrompus dans l’Italie de Tangentopoli » ou du moins dans l’entretien qu’il a réalisé avec Gérard MAUGER et Louis WEBER, Intitulé « Clientélisme et pratiques politiques officieuses. Un regard sur l’histoire récente de l’Italie » ; il pointe du doigt la collusion existante entre les intérêts d’État et privés découlant des cartels de clientèle dont les hommes d’État en Italie, se construisent à partir des organisations mafieuses, lesquelles organisations agissant en dehors des règles et principes régissant l’administration publique italienne pour le compte des hommes d’État, des élus et autres.

Dans le contexte haïtien, la délimitation des faits renvoyant au clientélisme et à la corruption n’est pas trop évidente. Établir la corruption des hommes d’État et/ou des hauts cadres de l’administration publique haïtienne s’apparaitrait déjà à un casse-tête chinois. Les réseaux ou cartels structurés à côté ou en dehors des normes et principes directeurs des institutions publiques, entre les commis de l’État et les hauts fonctionnaires pour s’approprier, se partager faveurs et avoir illicites sont légions et imposants. Par exemple, la période qu’on a tendance à étiqueter de transition démocratique dans l’histoire politique récente d’Haïti, est aussi entachée d’une vague d’affaires de corruptions successives. D’innombrables et d’imposants réseaux de clientélisme sont érigés autour des grands projets et chantiers publics (construction de route, cantine scolaire, logement sociaux, construction de centre hospitalier), sous prétexte d’ouverture et d’intégration de tous les secteurs politiques et d’affaires dans la gestion d’État. Le phénomène de conflit d’intérêt, bien délimité en droit administratif et dans le management public s’impose quasi en principe dans les transactions et concessions de projet public.

Les principes de passation de marché et d’appels d’offre sont très souvent refoulés et négligé volontairement par les cadres de la finance, et aussi par les hauts fonctionnaires de l’administration publique. Et parfois, les grands commis de l’État, sans aucune gêne s’interposent dans les négociations entre l’État et les entreprises privées pour surfacturer les projets étatiques, vu que ces hauts fonctionnaires possèdent des actions ou sont propriétaires des firmes sélectionnées pour accomplir les travaux rentrant dans le cadre du déploiement des politiques publics du gouvernement poste. Le phénomène de conflit d’intérêt semble être consubstantiel aux différents gouvernements de l’ère dite « transition démocratique ».

Durant les deux périodes dans lesquelles le président Aristide a été élu comme chef d’État, le phénomène de clientélisme ou de favoritisme d’État était très fréquent. Complaire ses alliés- partisans, et solidifier ses rapports avec les différents dirigeants OP et quartiers populaires de l’aire métropolitaine, l’a conduit à l’embauchage et le favoritisme dans les différentes institutions de service public. Sans diplôme, sans formation spécifique et sans qualité, les membres de Fanmi Lavalas, son parti politique, et les sympathisants dans la majorité des cas ont un emploi, ou un chèque dans l’administration publique. Dans une autre perspective de conservation de son pouvoir, le président Aristide allait créer un ensemble de groupe d’intérêt entourant le pouvoir, que ce soit par leur entrée au sein du gouvernement ou du moins par la concession faite par l’État d’un ensemble de contrat à des familles mulâtres proches d’Aristide tels que : les Vorbe, les Bossant, les Brandt pour ne citer que ceux-là. En outre, les pratiques de collusion, de clientélisme et corruption d’État allait se massifier avec sa réélection à la tête du pays dans des conditions très controversées en 2000. L’usage du slogan « Ti fanmi » et la simple possession d’une carte de son regroupement politique pouvait sans grand problème substituer une carte d’identification nationale pour la prestation d’un service dans les différentes institutions publiques d’alors, et ceci l’agent ou le fonctionnaire en poste, même dans son droit, c’est-à-dire en respectant les normes institutionnelles de prestation de service, peut-être fragilisé, menacé ou même révoqué s’il refuse le service à un militant Lavalas non qualifié.

Le régime Lalavas avec Aristide comme chef, nous dit Christophe WARGNY,

 se basait sur l’optimalisation des clans et groupes issus des quartiers pauvres et populaires du pays sans aucun souci de poser les problèmes sociaux réels des catégories défavorisées proches du pouvoir. Aristide, alors président du pays se refusait les normes et principes de fonctionnement de tout état démocratique par l’imposition de sa personne, de sa volonté au détriment des principes juridiques. En outre, l’appât sur l’enrichissement rapide et illicite du chef et de ses proches, par le refoulement des normes réglementant l’administration publique symbolisait, caractérisait sans grande inquiétude l’administration Lavalas d’Aristide[4].

Christophe WARGNY

Sous le règne du régime Lavalas, un procès de banalisation et d’affaiblissement des institutions du pays s’enclenchait avec beaucoup de désinvolture. Les principales institutions publiques s’inscrivant dans la tradition d’offre publique de service, c’est-à-dire les grandes boites de l’État comme : TELECO, EDH, CAMEP étaient toutes politisées à un point tel que l’on évoquait, l’on associait l’octroi de service aux bonnes grâces du président. L’embauchage et la surpopulation dans les différentes institutions publiques étaient monnaie courante. Dans cette perspective, Jean Claude JEAN et Marc MAESSCHALCK, en analysant la transition politique haïtienne de 1986, surtout en présentant les mécanismes mis en place par le pouvoir Lavalas pour l’établissement de la démocratie, après la longue dictature des Duvalier, voient en somme une juxtaposition d’échec et de grandes désillusions. Ces auteurs écrivent :

Le régime d’Aristide ne s’est pas intéressé à rendre indépendantes les institutions démocratiques, il n’a jamais réalisé d’élections crédibles, libres. Et durant les périodes de son règne à la tête du pays, Aristide n’a vraiment pas montré de l’engagement et de détermination pour la création et le renforcement des institutions démocratiques prévues par la constitution (le conseil électoral permanent, l’installation des juges à la cour de cassation, le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) etc.). Ils poursuivent en montrant qu’Aristide ne cherchait qu’à s’imposer au lieu de démocratiser l’État, et comme leader dans la transition il n’a fait que retarder le processus de la transition politique se voulant démocratique[5].


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L’appartenance ou l’accointance à « Ti fanmi », famille Lavalas, regroupement politique mis en place par l’ancien prête Aristide, métamorphisé par des expressions baz pa m, fanmi pa m, zo kòt pa m et autres adages symbolisait bien déjà des codes langagiers, des aphorismes marqueurs de reconnaissance mutuel entre eux. Entre temps, l’usage des adages évoqués ci-dessus connaissaient déjà un grand succès dans les conversations, communications et causeries des gens des différents secteurs de la population. En quête d’établir un type de reconnaissance mutuelle, ou par souci de se représenter, de se créer un cadre socio-affectif, les aphorismes évoqués plus haut étaient très mobilisés par les militants Lavalas pour l’obtention de services et d’octroi généreux de biens ou d’argent que ce soit au sein des institutions publiques ou par l’entremise des bases, des OP (organisation populaire), cellules de dépôt et de distribution d’argent du régime par et pour ses militants.

L’usage outrancier d’Aristide des adages comme : nèg anwo, nèg anba, wòch nan dlo, wòch nan solèy, lors des discours officiels, s’adressant à la population de façon systématique, spécifiquement durant son premier mandat, s’apparenterait à une forme de sensibilisation, de mobilisation des catégories sociales majoritairement pauvres du pays vivant dans les bidonvilles de Port-au-Prince et des provinces pour prendre en main leur destin par rapport à l’exploitation des riches du pays, de la bourgeoisie d’affaire. Les répétitions excessives d’Aristide des adages comme créneaux communicatifs, paraboliques, métaphoriques semblent n’avoir aucune comparaison dans les discours ou communications politiques de nul autre président depuis l’ère de la transition politique. Vraisemblablement, sa persistance à l’usage de ces actants langagiers n’a été rien de plus que de la supercherie. Au fond, il s’agissait d’un mécanisme de manipulation des grandes foules en lieu et place d’une conviction politique d’adresser le défi social de la grande disparité économique entre les gens majoritairement pauvres du pays et les minorités très riches.

Lors de son retour au pouvoir en 1994, son régime n’a mis sur pied aucun plan stratégique, aucun programme socio-économique progressiste pour réduire l’inégalité sociale criante entre riche et pauvre du pays. Avec l’adage yon sèl nou fèb, ansanm nou fò ansanm ansanm nou se Lavalas, yon sèl dwèt pa manje kalakou et autres, Aristide voulait rassembler autour de lui, les miséreux et misérables du pays pour établir et renforcer son régime pour beaucoup de temps. Mais les inactions de son pouvoir vis-à-vis des conditions de vie des masses pauvres, allaient vitement démasquer son discours rassembleur. In summum, le profil d’État instauré, développé par les différentes administrations post-Duvalier ne se diffère pas trop en termes d’irrespect et de mépris pour la population. Tous les efforts de la volonté populaire pour démocratiser l’État n’ont pas pu mettre un terme aux attitudes et comportements dédaigneux et hautains des hauts responsables et autorités de l’administration publique. L’incompétence et l’irresponsabilité des politiques les enjoignent dans une forme d’inertie morale, confinée d’un procès de manipulation et de mensonge pérenne définissant les contours de l’État dit « démocratique », émané depuis les premières élections libres de 1990. Le verbiage, le jacassement et tout type de mécanisme conduisant à fourvoyer les catégories socio-économiques majoritairement précaires de la population constituent un recours indispensable aux politiques et hommes d’État haïtiens.

La période dite de « transition démocratique » dans l’histoire politique récente d’Haïti a inauguré de façon abjecte un type de frasque, de perversion du dire sous prétexte de démocratisation de la parole. Les politiques ne se prélassent d’aucun retenu, d’aucune réserve s’agissant de souffler des feux de promesses à l’égard des attentes populaires. Et la fureur de la population de précipiter, de provoquer le nouveau dans l’échiquier politique, c’est-à-dire changer de régime politique en adoptant la démocratie, a conduit à un déferlement de revendication sociale, économique et politique nécessitant, exigeant le sens de responsabilité, d’engagement et d’endossement des politiques. Pourtant, si l’on essaie d’observer de près l’agissement des différents chefs d’État, de divers gouvernements depuis l’ère de la transition, les défis sociaux, les problèmes d’infrastructures de base, le quasi inexistence et d’indisponibilité des services publiques s’incrustent, s’accroissent comme des réserves de sujets, de thématiques électoralistes convolant un certain art de manipulation populaire, rejoignant, du coup, la théorie de réserve de promesse dans le champ de la gouvernance politique exposée et développée par William H. RICKER[6].

La politique, telle qu’elle est saisie, pratiquée par les acteurs post-Duvalier semble s’ériger en des palissades obstruant, en ce qui a trait aux phénomènes liés aux règles de la bonne gouvernance : rendre compte, expliquer et faire comprendre sans subterfuge les actes posés au nom de l’État par les hommes et femmes occupant des postes stratégiques et importants dans l’administration publique. La modique habitude et/ou tendance de recourir aux racontars de nos politiques, soutenue par l’accès le plus souvent mercantilisé des médias, à bien des égards, et ceci de façon très subtile, participe d’un projet de dégénérescence de l’ère démocratique. Cette dégénérescence s’expliquerait par ce type de représentation collective du dénie et du mépris des institutions régaliennes dont favorise la presse, tout type confondu. Les médias « démocratisant » étonnement, se contentent de dégager toujours beaucoup plus d’espace aux hommes politiques, ce qui n’a rien de mauvais en soi. Toutefois, quand cette liberté de parole se réduit à une échappatoire pour ces derniers afin de chamailler leur innocence, pour jouer la victime au lieu de s’accommoder aux jeux démocratiques et institutionnelles interpellant le sens de responsabilité, la grandeur d’âme, le décompte, la démission quand il faut, et explication à la nation de leur agissement pour une fonction occupée dans l’administration publique, cette presse peut être bien considérée en tant qu’une partie du problème.

Vraisemblablement, rien n’a changé dans le comportement politique des leaders et des différentes catégories dominées de la population depuis les envoûtantes révoltes populaires de 1986. La pathologie de la parole délirante et du faux-fuyant, du louvoiement consciemment ou inconsciemment semble s’imposer comme les règles et/ou principes de gouvernance démocratique. D’un lieu, l’on trouve les foules qui se vacillent sur les priorités et fondamentaux, mais des solutions de bazar, facilitant, favorisant très souvent l’élan corrupteur des dirigeants, en détournant les fonds ; et de l’autre, les leaders et dirigeants politiques qui s’imbriquent dans l’entremise démentielle et impromptue de promesses ignobles. Dans une telle situation de duperie franche ou improbable, l’exagération, la vantardise et toute sorte de tars peuvent animer et peut-être animent en tout temps les fresques de la corruption tant chez les politiques que chez les grandes masses précaires. La nouvelle orientation politique, sociale et économique dont réclamaient les foules précaires, victimes du régime de bras de fer des Duvalier, à savoir refonder la politique par l’établissement de nouveaux principes et règles démocratiques, sortir les grandes masses de la misère, construction d’écoles républicaines, prester les services sociaux de base à la population, renforcer le système judiciaire, adresser le problématique de la production nationale et autres restent encore aujourd’hui dans l’impasse. De même, l’amélioration des décennies d’exclusion et de grande misère sociale, des couches sociales les plus pauvres (paysannerie et ouvrière) n’ont pas été adressées jusqu’à date dans aucun programme d’État. Et le poids du mal-être persiste et enfonce les lubies de changement réel des conditions de vie de la grande majorité populaire, gouvernement après gouvernement. La bonne gouvernance, élément fondamental et inévitable pour tout pouvoir démocratique, c’est-à-dire les décideurs politiques, éludant, impliquant l’instauration d’un nouvel État et d’une nouvelle administration publique moderne et ambitieuse brille davantage par son absence.

Cette impasse, bien sûr, n’est pas une succession de faits fortuits. Elle est la résultante de cumulation de mauvaises directives formulées dans des décisions politiques farfelues et saugrenues. Les différents domaines et secteurs de la vie nationale : éducation, santé, logements sociaux, transport sont encore aujourd’hui superposés aux promesses de changement et d’amélioration au passage de divers chefs d’État et de gouvernement. Et fort de cette réalité de marasme sociétal, beaucoup de gens de la population restent accroc aux périodes de flux de promesses obsolètes des politiques que sont les élections. L’ère de la parole libre ou de liberté de parole consacrée par la nouvelle constitution de 1987 semble provoquer un double mouvement  convulsant les velléités de changement des grandes masses et la perpétuation du système de privilège des sbires duvaliéristes, substitués par les hocheurs de la démocratie, refoulant pour leur part les revendications fondamentales de répartition et de redistribution des biens et services offerts par l’État central dans toutes les communes et aux différentes catégories socio-économiques les plus défavorisées du pays. Des privilégiés, déjà Gérard BARTHÉLEMY[7], fustigeait l’ossature, la charpente de la nouvelle classe dirigeante, vu la présence des torpilleurs duvaliéristes et aussi la perpétuation des mêmes pratiques au sein de l’administration publique inaugurant le passage à la démocratie : clientélisme, gaspillage des biens d’État, les coups de piston, enfin le mépris des mauvaises conditions de vie des masses pauvres ayant provoqué la chute du régime pour l’établissement d’un autre État responsable et efficace.        


[1] – JOSEPH. E. John, op.cit, page 67.

[2]– MEDARD, Jean-François, « Clientélisme politique et corruption ». In Tiers-Monde, tome 41, n° 161, 2000.

[3]– DELLA PORTA, Donatella, « Les cercles vicieux de la corruption ». In Jean-François, MEDARD op.cit, p. 76.

[4]– WARGNY, Christophe, Haïti n’existe  pas- 1804-2004 : Deux cents ans d’histoire de solitude, Edition, Autrement, collection Frontières, pp, 167-173, 2008.

[5]– Jean-Claude JEAN, Marc MAESSCHALCK, Transition politique en Haïti : Radiographie du pouvoir Lavalas, pp 156-157, Edition L’Harmattan, 2000.

[6]– RICKER H. William, The art of political manipulation, Press of Yale University, 1986.

[7]– BARTHELEMY, Gérard, Les duvaliéristes après Duvalier, p.45, Paris, Edition l’Harmattan, 1992.

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