La cinquième édition du festival Cinécolo-Haïti promeut la valeur de la mer

CP: Sam Jean
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La cinquième édition du festival Cinécolo-Haïti, réalisée par l’association Maison Verte d’Haïti, a mis l’emphase, cette année, sur la situation de la mer. Et si on s’occupait de la mer est le thème retenu par les responsables. Par ce thème, les organisateurs veulent attirer l’attention sur la difficile réalité du littoral haïtien et sensibiliser du coup la population sur l’importance de la mer, une ressource importante pour le développement du pays. Ils promeuvent également l’éducation à l’écocitoyenneté en vue d’amener les participant-e-s à concilier le progrès économique et social à la lutte pour la protection de l’environnement. Dans cette perspective, un ensemble d’activités allant de projections, échanges, conférence-débats au nettoyage de plages ont été effectuées dans huit (8) villes côtières du pays dans le but de conscientiser les participants et participantes à développer un bon  rapport à l’environnement. Quelles sont les importances de ces activités en termes de perspectives pour le pays ? Comment les thèmes discutés permettent de décrypter la réalité du milieu marin haïtien ? Comment le public réagit-il face aux grandes préoccupations relatives à la protection du littoral haïtien ? Un survol sur la réalisation de cet évènement annuel permettra de réfléchir sur ces questions.        

Messerne Sagesse, président de l’association Maison Verte d’Haïti et directeur du festival Cinecolo-Haïti

En effet, les différents films projetés, les conférence-débats, les causeries réalisées, et toutes les actions posées dans le cadre du festival ne sont pas anodins, selon Messerne Sagesse, président de l’association Maison Verte d’Haïti et directeur du festival Cinecolo-Haïti. Par exemple, les films-documentaires traitent des problématiques qui restent en cohérence avec le thème choisi, soutient-il. D’autant plus, la plupart d’entre eux ont une portée à la fois didactique et informative en ce qu’ils décrivent la réalité de la mer dans toutes ses dimensions, poursuit M. Sagesse d’un ton de satisfaction.

Ainsi parla la Mer/Men sa lanmè di : du réalisateur haïtien Arnold Antonin est un documentaire de 50 minutes où la mer raconte son histoire, ses amertumes, sa douleur, et  son rapport avec le peuple haïtien. Dans ce documentaire, le réalisateur montre comment la mer caresse ses richesses, dévoile ses mystères et pousse un cri d’alarme qu’on peut interpréter comme une annonce au secours ; un cri contre la surexploitation de ses ressources aux effets du changement climatique en passant par la pollution. Cette pollution est de plus fréquente avec la présence de déchets provenant des activités irresponsables des humains (essentiellement le plastic, le polystyrène / styrofoam,…) et de quantités excessives de produits physiques ou chimiques toxiques. Dans son long monologue, la mer attire l’attention sur les défis à relever et les opportunités à saisir afin de créer des richesses pour le pays.  

Les autres documentaires tels que : Polynésie de François Reinherdt ; Océans de plastique– ONU ; Plastique partout, histoire de déchets d’Albert Knechtel ; Twa fèy d’Eléonore Coyette, Quand la mer avance de Fabrice Hlomador pour ne citer que ceux-là ont, d’une façon ou d’une autre, contribué à sensibiliser les festivaliers sur le rapport malsain de l’homme et de la femme à l’environnement et les effets négatifs qu’il peut causer à la mer.


De Gauche à Droite – Jean André Victor, Léo D. Bien-Aimé et Paul Judex Edouarzin

Dans cette perspective, les spécialistes en biodiversité : Jean André Victor et Paul Judex Edouarzin ont prononcé le vendredi 9 octobre à l’Institut Français en Haïti une conférence ayant pour titre : Le milieu marin haïtien : Perception, défis et opportunités socio-économiques. Par ce sujet, les intervenants ont passé au crible le rapport de la population haïtienne à la mer. Ils ont mis en perspective les défis auxquels fait face l’écosystème marin haïtien et mis en lumière les avantages sociaux et économiques que peut offrir l’espace maritime haïtien. Pourtant, faute d’irresponsabilité de l’État, le milieu marin haïtien est considéré comme étant une catastrophe écologique, regrettent-ils. Il est à préciser, à juste titre, qu’Haïti est un pays qui possède environ 1700 km de côtes. Sur 10 départements, 9 sont bordés par la mer. Pourtant, ce pays souffre d’un ensemble de maux qui ont des conséquences néfastes sur l’écosystème marin : la pollution liée à la mauvaise gestion des matières plastiques, produits styrofoam, des constructions anarchiques et la sur-pêche. De plus, les Mangroves, les récifs coralliens, les herbiers marins sont grandement menacés en Haïti.

Face à de telle situation, tout le monde est concerné pour combattre la pollution sous toutes ses formes dont la mer et sa biodiversité, partie intégrante de notre vie, en est exposée. Il s’agit d’assurer une gestion intégrée des côtes et des espaces marins haïtiens ; créer des activités attractives dans le milieu marin tout en mettant l’accent sur l’éducation à la mer, sensibiliser les entreprises et les ménages sur le recyclage des matières en plastiques et, enfin développer une vraie activité de pêche hauturière et touristique nautique. Il s’agit au final de définir des politiques publiques prenant en compte le développement durable et d’avoir une bonne gouvernance environnementale où les principaux ministères concernés (Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural – MARNDR et Ministère de l’Environnement – MDE) jouent de manière efficace leur partition. Avec la mise en œuvre de ces politiques, la mer peut devenir une source de richesses pour Haïti.

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