Les Élections américaines de 2020 : changement d’administration et enjeux pour Haïti

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Si les États-Unis d’Amérique n’ont pas inventé la démocratie ils l’ont si bien appropriée, un pays où le suffrage universel ne remonte qu’à 1860-soit un an avant sa reconnaissance officielle de l’État haïtien. Ainsi, ”Pour un américain, démocratie est synonyme d’élections” (Denenberg, 1987 : 151). Les Élections américaines sont sans doute celles ayant le plus grand impact sur le cours du système international du fait de statut de super puissance des États-Unis. Ce, au gré des alternances, politiques pour apprécier le traitement des autres acteurs étatiques (Vallet et Grondin, 2004).

Mais, du point de vue des américains, l’orientation du vote par rapport aux questions internationales ne prévaut pas considérablement malgré les attentes d’ailleurs, en l’occurrence l’opinion publique en Haïti notamment. Joe Biden, alors candidat à la vice-présidence, à son actif des capacités de gestion de dossiers internationaux, à la base de la Victoire de Barack Obama en 2008, sera revenu à la charge comme le 46e président américain. Dans quelle mesure la République d’Haïti peut-elle bénéficier du changement d’administration par suite des élections américaines du 3 novembre 2020 ?

Un regard sur la politique des administrations démocrate et républicaine est recommandé tout en tenant compte des dynamiques de luttes sociales et du rôle de l’opinion publique. Entretemps les doctrines restent des cadres de référence aussi bien que les principes, idéaux et assomptions existantes.

Pour ce qui concerne l’impact du changement d’administration politique aux États-Unis, est-il question à se limiter à des thèmes les plus plausibles soit des besoins ponctuels en matière de migration ou d’aide humanitaire versus la perspective de développement durable et du droit à l’auto-détermination. Il est un fait qu’il existe des doctrines indépendamment des acquis qui peuvent résulter de l’action diplomatique intelligente et créatrice. Ce que nous indiquons dans les lignes qui suivent.

  1. La politique de bon voisinage de 1950 à 1960. Sans perdre de vue les vieux réflexes dont le Roll Back à Guatemala et les interférences à Bolivie. L’alignement au panaméricanisme en lieu et place de la CEPAL qui prône un développement auto- centré.
  2. La promotion du développementisme en lien avec l’existence de l’Alliance pour le progrès comme instrument politique, suivie de la guerre contre révolutionnaire interne dans l’endurcissement de la politique extérieure des États-Unis soldée par l’intervention militaire en République Dominicaine en 1965 après le coup d’État de 1963 orchestré contre le président élu Juan Bosch et de la déposition dans la même période de Cheddi Jagan en Guyane (1960-1965). Dans le cas de la République d’Haïti, ce fut l’instauration de la présidence à vie des Duvalier au prix de l’anti-communiste malgré les remous du président Kennedy. Mais, dans la même foulée, un mois plus tard ce fut la tentative de déstabilisation du gouvernement de Cuba dans l’évènement de la baie des Cochons. Il a été établi la doctrine de Johnson qui visait à lutter contre le communisme en justifiant de ce fait l’intervention préventive comme c’était le cas de la République Dominicaine, un mécanisme appelé à être réactivé au besoin (1965-1972).
  3. La doctrine de Nixon est centrée plutôt sur la promotion de l’autodéfense des alliés et la délégation aux mini puissances militaires notamment le Brésil. Les coups d’État de droite ont été tolérés aussi bien que l’existence d’États de sécurité nationale. À l’ère de Nixon-Ford, la caraïbe avait peu d’intérêt pour les États-Unis (1972-1976).
  4. La promotion des droits humains avec Carter et le respect de la souveraineté des États et du principe de l’auto-détermination des peuples (1976-1979).
  5. L’ajustement structurel, le néolibéralisme et la sécurité militaire de la région avec Reagan viennent saper la politique de reconnaissance de l’autonomie de la caraïbe (1980-1991).
  6. La globalisation et l’antiterrorisme de 2000 à nos jours.

Nous avons connu des politiques interventionnistes sans les nommer. Des contradictions se présentent par rapport aux idéaux impérialistes des États-Unis et des positions liées à un changement d’administration. Les législations migratoires sont restrictives et un État policier s’est érigé. Le Venezuela, Cuba, Nicaragua ont fait éveiller les vieux réflexes de la guerre froide. En 2004, le président Aristide a été déposé du pouvoir. Haïti connait une démocratie sous haute surveillance, avec la présence d’une mission de stabilisation des Nations-Unies. On a noté l’embrigadement des institutions électorales et des élections contestées et non légitimes.

A. Des doctrines

À l’ère de Johnson, des gouvernements de droite ont été tolérés dans la région comme celui de Brésil. Un peu plus tard, avec Nixon, ce durcissement poursuit dans la déposition du président Salvador Allende au Chili en 1973. Les États-Unis décriés et voient son image ternie dans le reste du monde dans l’expression d’un sentiment anti-américain essaient de redorer son blason. Le rapprochement avec des régimes de la social-démocratie a été un leitmotiv aussi bien que la perspective d’intégration.

Ce sera la mission confiée dans le cadre du gouvernement de Carter 1976-1979.

L’avènement de Carter a donné lieu à la renégociation du canal, l’éventualité d’une ouverture vis-à-vis de Cuba, la promotion des droits humains, la coupe d’aide aux régimes autoritaires. Ce vent a aussi soufflé en Haïti et facilité le développement des organisations syndicales, politiques et civiques et l’exercice de la presse libre et indépendante. Cependant, cette conjoncture d’ouverture se voit très resserrée avec l’arrivée de Ronald Reagan en 1981.

L’application des politiques drastiques d’ajustement structurel dans la région et en Haïti, plus particulièrement dès l’année 1983 vient empirer la situation sociale de la population. Ce qui a participé aux causes aggravantes liées au renversement du régime dictatorial des Duvalier. L’accélération du développement des ONG a été importante, ce, depuis 1982 avec la fameuse loi sur les ONG comme principaux agents de développement et le canal exclusif par lequel passe l’aide au développement. Aussi l’Initiative pour le Bassin de la Caraïbe (CBI), un programme d’aide au développement à portée militaire a-t-elle su appuyer Haïti comme PMA. Mais elle n’a bénéficié que 2.8% du volume d’aide pour la région par rapport à El Salvador (28.6%), Costa Rica (20.0%), Jamaïque (14.3%), Honduras (10.0%), Caraïbe Orientale (57%), Belize (2.8%) et République Dominicaine qui représentent des pions et alliés libéraux des États-Unis. Le Guatemala n’avait que 3.1% (Marinez, 1987 : 5 1-60).

Après la chute du Mur de Berlin (1989), la démocratie, le libre-échange, la promotion du secteur privé, la promotion de la paix, la lutte contre le narcotrafic et la criminalité, la protection de l’environnement, la participation de la femme sont entre autres dans le nouvel agenda politique étrangère des États-Unis. L’intégration régionale, la diversité culturelle et le développement des zones franches s’ajoutent. L’organisme hémisphérique, à savoir l’OEA se voit renforcée dans ses prérogatives dans la région. Cela n’a pas empêché le coup d’État du 30 septembre 1991 contre le président Elu Jean Bertrand Aristide après sept mois d’exercice de pouvoir démocratique. Ce président a été reposé au moyen d’une intervention militaire américaine en 1994 au mépris du principe de l’auto-détermination des peuples et de la souveraineté nationale.

Après 1994, allaient suivent de sérieuses réformes structurelles dans la société haïtienne et des privatisations des entreprises publiques. Le libre échange est observé par Haïti dans un style de bon élevé peu importe son statut de PMA. Les tarifs douaniers sont rabaissés de manière drastique en faisant sévir une situation de misère tout en fragilisant le processus de démocratisation du pays. Il s’installe la contrebande, la pratique de la drogue et de la criminalité. Ce qui suscite l’intervention des États-Unis sous prétexte de lutte contre le narco trafic, la contrebande et la criminalité en guise de la sécurité hémisphérique. La libre circulation de personnes et de marchandises constitue le crédo de l’heure mais la migration après avoir été provoquée et encouragée, est devenu un point de tension dans les relations entre Haïti et les États-Unis d’Amérique.

B. Du dossier de la migration

À propos du dossier migratoire, il a aussi ses revers dans le cadre des différentes administrations. Il reste un point crucial dans les relations entre ces deux États. Son traitement est varié et dépend des soubresauts des conjonctures et de l’acuité des luttes sociales et des échos dans l’opinion publique. Ce, de Kennedy (1960) à Trump (2020).

  1. Reforme de l’immigration : Tout d’abord, avec Kennedy, l’Immigration Reform Act de 1965, il y a eu une percée des immigrants et des minorités, et la promotion de la réunification familiale dans un contexte de mobilisation pour les droits civils et politiques des noirs.
  2. L’approche de quota en 1976 sous Carter qui vient mettre aux privilèges dont jouissent pleinement les pays de l’hémisphère occidentale dont ceux de l’Amérique Latine et de la Caraïbe en matière de migration.

Ce texte est le support d’une conférence qui a été prononcée par l’auteur le 16 novembre 2020 à l’UNITECH.

Hancy PIERRE, Spécialiste en Relations Internationales.

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