« DELANE », LIH Média salue le courage et la détermination du peuple haïtien

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Depuis plusieurs années, les médias haïtiens ont institué, à chaque fin d’année, une rubrique « DELANE » visant à saluer les personnalités ou institutions ayant marqué l’année écoulée d’une manière ou d’une autre, dans divers domaines que ce soit politique, académique, économique, littéraire, etc. Cette année encore, presque chaque média (traditionnel ou numérique) a salué un ensemble de personnalités qui, à leur avis, ont laissé une empreinte non négligeable au cours de l’année 2020. En tant que média en ligne, « LIH Média » veut s’inscrire à la fois en continuité et en rupture avec les médias pionniers. En effet, LIH Média tient à présenter sa rubrique « DELANE ». Toutefois, au lieu de présenter des personnalités particulières ayant d’une manière ou d’une autre marqué l’année 2020, il tient à saluer le courage et la détermination du peuple haïtien qui, de notre point de vue, a su faire face et a surmonté nombre d’épreuves au cours de cette année, tant au niveau économique, politique, sécuritaire, sanitaire, etc.

Une crise sanitaire menaçante…

Depuis l’apparition à la fin de l’année 2019 dans la province de Wuhan des premiers cas de Covid-19 et sa rapide propagation au niveau mondial, Haïti vivait déjà avec la hantise du nouveau Corona Virus. Et le 19 mars 2020, l’inévitable arrive : Haïti a enregistré, selon les informations officielles, ses premiers cas de Covid-19. Face à cette situation inédite, le gouvernement haïtien a pris un ensemble de mesures drastiques, sans prendre en compte la réalité socioéconomique et sanitaire du peuple haïtien, afin de limiter les impacts éventuels de la Pandémie. Parmi ces mesures, nous trouvons : confinement, fermetures de frontière, port du masque, interdiction de rassemblement de plus de 10 personnes dans un même lieu, limitation des déplacements non urgents, etc.

Et les premières prévisions faites par les porteurs de discours officiels sur la pandémie en Haïti ont été alarmistes voire catastrophiques. En effet, l’on prévoyait déjà à mettre en place des fosses communes afin d’entasser les éventuelles victimes de la pandémie. Toutefois, la catastrophe annoncée n’a pas eu lieu ! Le peuple haïtien a su trouver, entres autres, grâce à sa pharmacopée, la voie pour faire face à la Covid-19 au point que l’Organisation Mondiale de la Santé a situé le pays parmi ceux ayant fait une bonne gestion de la pandémie. Rares ont été les personnes n’ayant pas recouru aux fameux « Te fèy ». « Tout moun lage nan bwè ti te yo ! E sanble li te bay rezilta pou 2020 an ! »

Ainsi, au 31 décembre 2020, selon les données officielles du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), plus de 10,000 cas de Covid-19 ont été confirmés dans le pays et 236 personnes en sont décédées. L’on est loin des milliers de morts annoncés par le Dr William Pape (co-président de la commission spéciale pour la gestion de la Covid-19 mise en place par l’exécutif).  

Une situation économique désastreuse…

L’année 2020 a été une année quasi-catastrophique pour l’économie haïtienne. Inflation à deux chiffres, dépréciation de la gourde chômage, déficit budgétaire (au mois de juin). Selon le rapport annuel de la Commission Économique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (CEPALC), repris par le journal Le Nouvelliste, la gourde s’est dévaluée de 18% en moyenne au cours de l’exercice par rapport au dollar américain. Quant au déficit budgétaire, pour l’année 2020 il représente 8,6% du PIB, contre 4,6% en 2019). Déjà au mois de juin 2020, le déficit budgétaire était de l’ordre de 30 milliards de gourdes. Quant à l’inflation, elle était de 23% en moyenne. Cette situation, en partie due à la crise de la Covid-19 et la gouvernance catastrophique de l’équipe au pouvoir, a aggravé les conditions de vie des plus pauvres du pays, qui déjà avait d’énormes difficultés à joindre les deux bouts. Selon une enquête de la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA) sur les impacts de la Covid-19 sur la sécurité alimentaire des ménages publié en octobre 2020, 39% de la population haïtienne avait une consommation alimentaire inadéquate. Cette enquête relève que les ménages ont subi divers chocs au cours de l’année 2020. L’on peut citer, entres autres : hausse des prix des produits alimentaires de base (33.5%), l’augmentation des prix des intrants agricoles (25.3%), la perte de revenu ou la diminution de salaire (11%). La crise sanitaire du coronavirus a provoqué une diminution de revenu pour plus 85% des ménages et renvoyé près de 10% au chômage (CNSA, 2020).

 Pour faire face à ces chocs, et mettre quelque chose dans leurs assiettes, les ménages ont recouru à diverses stratégies : réduction des dépenses consacrées à d’autres postes budgétaires, vente des biens meubles, recours à l’épargne familial, ventes du bétails, recours aux prêteurs sur gage, la fabrication de charbon de bois, l’achat à crédit de nourriture, la mendicité, etc.

Ces diverses stratégies ont permis aux ménages du moins de subsister sans aucune aide du gouvernement haïtien (les 3,000.00 gourdes promis par le gouvernement n’ont pas été acquitté).

Recul des acquis démocratiques et marche vers la dictature…

L’année 2020 correspond également en Haïti à un net recul des acquis démocratiques et une marche rapide vers la dictature. En effet, avec le renvoi du parlement en date du 13 janvier 2020, l’exécutif (ou encore le président de la République) est devenu le seul pouvoir vraiment fonctionnel au sein de la République. Cette année pas moins d’une quarantaine de décrets, les uns plus provocateurs et dictatoriaux que les autres, ont été publié par l’exécutif. Qu’il s’agisse du décret portant sur la réorganisation de la Cour Supérieur des Comptes et du Contentieux Administratif (CSC/CA), celui portant sur la création de facto d’un « Conseil électoral provisoire », celui portant sur la création d’un conseil consultatif pour la rédaction d’une nouvelle constitution ou encore celui portant sur la sécurité nationale, ces décrets traduisent une violation flagrante de la constitution en vigueur et un net recul des acquis démocratiques. De plus, les hommes de mains de l’apprenti « Big Brother » ont constamment réprimé dans la violence et le sang toutes formes de protestations citoyennes.

Malgré tout, le peuple haïtien continue à se battre et à faire entendre sa voix sur le macadam que ce soit pour dénoncer l’injustice, l’insécurité, le viol, le kidnapping et réclamer le droit de vivre. Et, le cas du retrait du décret sur la sécurité nationale est signe qu’un peuple qui lutte finit toujours par obtenir gain de cause.

Kidnapping et insécurité d’État

Au cours de l’année 2020, un événement inédit s’est produit dans la République. Il s’agit de la fédération, sur recommandation et surveillance de la Commission Nationale de désarmement et de réinsertion (CNDDR), de divers groupes armés de la région métropolitaine de Port-au-Prince. Connu sous l’appellation « G9 an fanmi e alye », cette structure se révèlera être une structure de surveillance et de contrôle des quartiers populaires au solde du gouvernement et l’une des principales responsables des cas de kidnapping dans le département de l’Ouest. Rappelons qu’au cours de l’année 2020, plus de 3000 enlèvements ont été enregistrés, selon l’organisation « Défenseurs Plus » cité par le journal en ligne Ayibopost (Ayibopost, 2020).  Cette structure ou du moins ses membres sont également identifiés comme auteurs de divers cas de massacres sur la population civile que ce soit à Chancerelles ou au Bel-air (selon le RNDDH, pas moins de 185 individus ont été victimes des attaques armées dans les quartiers populaires de la région de l’Ouest). Cette situation a entrainé un climat de peur et de terreur tant au niveau de la Capitale que dans les autres villes du pays. Le pays vit au rythme du kidnapping et d’assassinats spectaculaires (Monferrier Dorval, Grégory Saint Hilaire, Evelyne Sincère, etc.). À chaque matin l’on prie le Bon Dieu pour qu’on ne soit pas la prochaine victime du kidnapping rotatif où chacun attend son tour.

Somme toute, l’année 2020 a été l’année du peuple haïtien qui a su faire face et résister au Corona virus, à la mauvaise gouvernance, à l’insécurité, le chômage, la misère et les velléités dictatoriales d’un apprenti « Big Brother » en panne de solution et d’inspiration. Face à cette situation, le peuple haïtien a puisé dans son histoire et ses traditions de quoi faire face aux difficultés rencontrées et les surmonter. Face à la Covid-19, la bonne médecine traditionnelle a été appelé en rescousse. Quant à la crise économique et alimentaire, le peuple a usé de stratagèmes les uns plus original que les autres (réduction d’autres postes de dépenses, quête d’autres sources de revenu, partage du repas quotidien avec d’autres familles, etc.). C’est pourquoi, loin de saluer des personnalités quelconque, « LIH Média » se prosterne devant le courage et la détermination du peuple haïtien ; qui depuis la captivité ne s’est jamais laissé faire. Ce peuple qui, depuis toujours, résiste et se bat contre la captivité ! Contre l’économie de la grande plantation ! Contre l’occupation américaine du pays ! Contre la dictature ! Contre l’embargo ! Contre le viol, le vol et le kidnapping officiel d’État. Puisse 2021 être une année de combat et de libération du peuple par le peuple et pour le peuple !!!

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