Savane Diane : entre politique économique post-sismique et économie de plantation

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Le 7 février 2021 marque la fin du mandat constitutionnel de Jovenel Moïse. Alors que le 8 février, il a pris un arrêté implantant à Savane Diane une zone franche agro industrielle d’exportation dénommée : « ZONE FRANCHE AGRO INDUSTRIELLE DE SAVANE DIANE » dans les communes de Saint-Michel de l’Attalaye (Artibonite), Maïssade (Centre), Pignon et Saint-Raphaël (Nord). Ce sont 14 000 hectares[1] de terre qui ont été légués à la Société Stevia AGRO INDUSTRIELLE S.A pour cultiver un produit du nom de Stévia.

Ainsi, cette décision faisant de Savane Diane une zone franche agro industrielle oppose deux modèles économiques : un modèle tourné vers la production et la consommation locale et un autre tourné vers la production pour le marché international. Ces deux modèles sont portés par des acteur-trice-s historiquement antagoniques : les grandons-bourgeois-e-s et les paysan-ne-s (Jn Anil Louis-Juste, 2004, 2006). Plus spécifiquement, cet arrêté vient de ré-actualiser un ensemble de contradictions qui ont pris corps au sein de la société coloniale-esclavagiste-moderne-patriarcale-raciste de Saint-Domingue, dont celles opposant Ti Jaden/Gwo Bitasyon, Kilti viv/kilti Danre, endepandans/depandans (Michel Rolph Trouillot, [1977], 2012). Il s’inscrit également dans une stratégie économique depuis le rapport de Paul Collier (2009), qui a été réaménagé dans le contexte de reconstruction/refondation suite au séisme du 12 janvier 2010.

Dans le cadre de cet article, mon objectif est de montrer que cet arrêté est le prolongement du plan stratégique de développement économique post-sismique, mais également il correspond à une logique plus grande : celle de l’économie de plantation comme héritage de l’Administration coloniale française. Pour y arriver, je ferai d’une part une présentation du rapport de Paul Collier en faisant ressortir les liens avec le Plan Stratégique de Développement d’Haïti. Pays émergent d’ici 2030. Et d’autre part, je montrerai sommairement comment cet arrêté s’inscrit dans une logique décisionnelle en matière de politique économique autour de la grande plantation. Avant tout faisons ressortir les potentialités.

I- Potentialités agricoles de Savane Diane

En juin 2003, la Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV) de l’Université d’État d’Haïti (UEH) a réalisé une étude sur les caractéristiques agroécologiques de Savane Diane en analysant les éléments relatifs au paysage agraire haïtien : les différents types de sol, les caractéristiques biophysiques (Géologie, pédologie, climat) et les ressources en eau. L’étude a révélé qu’il existe dans cette zone une agro-biodiversité assez importante constituée de quarante (40) espèces cultivées et semi-cultivées et plus de trois (3) variétés par espèce vivrière et près de dix (10) pour les manguiers (2003 : 18). On y retrouve le maïs, le sorgho (Pitimi en créole), l’arachide, le manioc, l’igname, le pois congo, le vigna, la canne-à-sucre. En ce qui concerne l’agroforesterie, on y retrouve des espèces forestières et fruitières avec une dominance des manguiers et le bigaradier (FAMV, 2003 : 19). La population s’adonne aussi à l’élevage de toutes les espèces domestiques qu’on connait dans le pays, telles que : porcins, volailles, bovins, équins, caprins et ovins (FAMV, 2003 : 22). Plus spécifiquement, les potentialités agricoles de Savane Diane peuvent être saisies ainsi : fertilité des sols facilitant une intensification des cultures, diversité des agrosystèmes et des activités agricoles et agro-industrielles (guildiveries, siroperies, moulins de céréales…), grandes ressources en eau, le savoir-faire local et l’intensité des activités économiques.

En 2017, le Fond des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) reconnait que Savane Diane possède une grande richesse en matière de production piscicole avec ses trois (3) lacs collinaires, dont l’un qui s’étale sur quatorze (14) hectares de terre. Dans les périodes de sécheresse, ces lacs sont aussi utilisés pour l’arrosage des terres cultivables. Par conséquent, le potentiel agricole de Savane Diane est énorme pour les productions végétales et animales. Ce qui fait que la déclaration de celle-ci comme zone franche agro industrielle aura un impact défavorable sur les conditions d’existence des populations qui y vivent. De ce fait, il est fondamental de chercher à comprendre les dessous d’une telle décision.

II- Politique économique post-sismique : le cas de Savane Diane

Dans le contexte socio-politique post-2004, l’État en Haïti, avec l’appui de la communauté internationale, s’est fixé deux objectifs : retrouver la stabilité politique en organisant des élections et amorcer la relance de l’économie. Après deux (2) ans de transition politique, des élections ont été réalisées et René Garcia Préval a été élu président. En 2007, le congrès américain a adopté la loi HOPE II (Haitian Hemispheric Opportunity Through Partnership Encouragement) qui a permis à Haïti de bénéficier de préférences commerciales ajoutées dans les secteurs des manufactures d’habillement et des pièces de véhicules à moteur sur le marché américain. Et voilà qu’arrive l’année 2008 au cours de laquelle le pays a été frappé par quatre (4) cyclones détruisant les moyens d’existences des populations touchées et créant une situation d’urgence humanitaire. De plus, on a enregistré une hausse des prix des produits de première nécessité provoquant ainsi une émeute de la faim et du coup a renversé le gouvernement dirigé par Jacques Edouard Alexis. Pour la communauté internationale, ces évènements constituaient des obstacles qui enrayaient le processus de développement économique et la stabilité politique en Haïti.

C’est ainsi qu’après avoir passé quatre (4) petits jours dans le pays, Paul Collier a rédigé un rapport en 2009 titré « Haïti : des catastrophes naturelles à la sécurité économique » au secrétaire générale de l’Organisation des Nations Unies (ONU) pour conseiller une stratégie économique concrète tout en énonçant les mesures qui doivent être prises par tous les acteurs pour garantir la sécurité économique du pays. En effet, il énonce un point de départ qui articule, la création d’emplois, les services de base, la sécurité alimentaire et la sauvegarde de l’environnement. Ainsi, Collier propose deux secteurs comme sources de création massive d’emplois productifs : la reconstruction des infrastructures et l’expansion des zones franches. En ce qui concerne l’expansion des zones franches, il prescrit les manufactures de l’habillement comme secteur pourvoyeur d’emplois massifs, qui peuvent être créés dans un laps de temps.

Même si Haïti est classée dans la catégorie des « États fragiles » selon Collier, mais elle présente des fondamentaux favorables au développement économique contrairement aux autres « États fragiles » d’Afrique et d’Asie centrale. Le pays se trouve dans une région pacifique et prospère, où les problèmes structurels classiques liés à certains indicateurs catégorisant les « États fragiles » sont inexistants. Le seul problème relevé par Collier en ce qui concerne Haïti, comme « État fragile », son territoire est utilisé par les trafiquants de drogue colombiens comme point de transit vers l’Amérique du nord. Et là encore, il estime que c’est une raison qui devrait inciter des investissements pouvant déboucher sur une dynamique de changement pour le pays. En d’autres termes, considérant qu’Haïti est le seul « État fragile » du continent américain, elle est celle, d’après Collier, où l’investissement serait rentable. Cette possible rentabilité de l’investissement dont parle Collier passe par une stratégie économique simple et réaliste : aménager des zones franches en divers endroits du pays. Car, le regroupement des entreprises en un seul espace réduit les coûts de production, notamment ceux de la main-d’œuvre qui sont compétitifs par rapport à la Chine, en plus de cela, la qualité est bonne. Alors là, ce rapport prend tout son sens lorsque l’on sait que l’établissement d’une zone franche nécessite une évaluation avantage-coût, dont les avantages doivent l’emporter sur les coûts (Fred Doura, 2003).

Un an plus tard, Haïti va être touchée par l’une des catastrophes naturelles les plus meurtrières de son histoire. De manière globale, l’évaluation des coûts et des pertes causées par le séisme est comptabilisée à 7.804 milliards de dollars américain (Gouvernement de la République d’Haïti-PARDN, 2010 : 7). Ce qui amplifie l’aggravation des problèmes déjà existants pour l’accès aux services de base. En touchant au cœur l’économie et l’administration haïtienne, le séisme a frappé de manière aigüe les capacités institutionnelles de l’État en Haïti, actualisant ainsi le débat sur la reconstruction/refondation du pays initié jadis en 1994. En d’autres termes, le séisme a été vu comme une opportunité pour refonder l’économie, les appareils administratifs de l’État et pour améliorer les conditions de vie des classes défavorisées. En ce sens, l’État en Haïti, avec le support des « experts internationaux », a élaboré un document « Plan Stratégique de Développement d’Haïti. Pays émergent d’ici 2030 » pour matérialiser les idées de la reconstruction/refondation.

À travers ce plan, Quatre (4) grands chantiers ont été définis : la refondation territoriale, la refondation économique, la refondation sociale et la refondation institutionnelle (Gouvernement de la République d’Haïti-PSDH, 2012). En ce qui a trait à la refondation économique, les autorités publiques se donnent pour objectif de « moderniser l’économie » en se basant sur le secteur agricole qui offre un potentiel exportable. Elles ont prévu de mettre en œuvre huit (8) programmes, dont quatre (4) sous-programmes pour appuyer le développement industriel. Il s’agit de : 1) Développer l’industrie agroalimentaire ; 2) Aménager des zones industrielles/manufacturières ; 3) Développer l’industrie de la construction ; 4) Améliorer l’accès à des facilités de garanties pour les entrepreneurs (PSDH, 2012 : 109). Ces sous-programmes trouvent leur cohérence dans le chantier de refondation territoriale, où le grand nord a été identifié comme zone franche agro-industrielle et minière ; l’ouest comme zone franche industrielle et le grand-Sud comme zone franche touristique. Dans le grand nord, elles ont créé la zone franche industrielle de Caracol et la zone franche agro-industrielle de Trou-du-nord : NOURRIBIO, gérée par AGRITRANS S.A. et environ 15% du territoire particulièrement dans le Nord ont été concédés à des compagnies minières (Frédéric Thomas, 2015). Et le 8 février 2021, Jovenel Moïse de facto vient de déclarer Savane Diane comme zone franche agro industrielle. 

Si on reste dans le superficiel, on peut se dire que ce plan se diffère du rapport de Paul Collier en ce qu’il propose le secteur agricole comme base pour la « modernisation de l’économie ». Cependant, ce qu’il faut surtout retenir, c’est la logique économique qui sous-tend le rapport de Collier et le PSDH. Dans ces deux (2) documents, l’aménagement de zones franches à travers tout le pays constitue la stratégie économique que l’État en Haïti adopte sous l’influence des centres financiers internationaux. L’avancée que fait le PSDH, c’est qu’il ne se limite pas aux manufactures d’habillement, il s’établit à plusieurs autres secteurs tels que : l’agriculture, le tourisme, les mines. En ce sens, plusieurs préoccupations peuvent être formulées sur le niveau de cohérence de cette stratégie économique, qui articule en même temps les secteurs minier et agricole. D’abord, l’exploitation des mines nécessite de vastes étendus de terre ; ensuite, il est partout démontré que l’exploitation des mines constitue un obstacle pour le développement de l’agriculture vu son impact nocif sur l’environnement. Mais de manière générale, l’installation de zones franches (minière, agricole, industrielle, touristique) entraine une délocalisation des populations de leurs terres. Si l’agriculture étant l’axe principal du projet économique, alors comment peut-on exproprier des paysan-ne-s sur des terres cultivables pour les concéder à des multinationales ? Comment l’État en Haïti prétend améliorer les conditions de vie de la population et en même temps la dépouiller de son objet de travail ?

Ce questionnement nous permet de saisir le déphasage qui existe entre le discours et les actions concrètes posées par les autorités publiques, dans la mesure où leurs actions ne traduisent pas l’idée d’améliorer les conditions de vie de la population. Les autorités publiques ont un agenda économique qu’elles mettent en œuvre contre vents et marrées depuis que la communauté internationale a dicté la leçon zone franche. Les catastrophes naturelles, particulièrement le séisme du 12 janvier 2010, offrent ce terrain propice à la création d’espaces économiques qui n’ont aucun rapport avec l’économie locale. C’est cette stratégie que poursuit Jovenel Moïse avec cet arrêté du 8 février 2021 déclarant Savane Diane comme zone franche agro industrielle. En dehors de son illégalité, il nous renseigne au moins sur deux choses : d’une part sur le caractère anti-paysan des politiques économiques de l’État en Haïti ; et d’autre part sur la concentration des ressources administratives et financières de l’État en Haïti dans la soutenance du capital international (Claude Ardy Julien, 2018 : 9).

III- Zone franche ou la logique de l’économie de plantation

L’histoire de la zone franche comme stratégie économique remonte à la fin des années 90, depuis que la Mission Inter-Agences de l’ONU et les Groupes Élargies de Réflexion (GER) l’ont recommandée pour attirer l’investissement national et étranger tourné vers l’exportation. Comme l’a bien mentionné Fred Doura (2003), le GER avait proposé cinq (5) zones franches sur le long de la frontière haïtiano-dominicaine. Cette stratégie avait été proposée juste après les politiques d’ajustement structurel de la fin des années 80, qui ont débuté avec la libéralisation financière et commerciale[2]. Il faudrait s’attarder un peu sur cette stratégie tant proposée par la communauté internationale et les centres financiers internationaux comme pilule à la problématique du développement économique haïtien, en se demandant : qu’entend-on par Zone franche ? Et quelles sont ses caractéristiques ?

En effet, selon Fred Doura (2003) une zone franche est « […] un espace géographique limité dans lequel les entreprises qui s’y implantent bénéficient d’incitations à investir, dont l’exonération des droits de douanes, un traitement fiscal et social préférentiel et dans lequel des produits importés sont transformés avant d’être réexportés » (2003 : 53). Ce sont des enclaves économiques, avec des financements étrangers, qui se tournent totalement vers l’extérieur. Elles n’ont pas de lien entre elles, de même que leur reproduction n’a aucun lien avec l’économie nationale. Autrement dit, les zones franches sont des entreprises capitalistes qui s’intègrent au marché mondial, « […] où la fabrication et la commercialisation du produit final sont faites au bénéfice des firmes transnationales du centre et échappent ainsi au contrôle du pays d’où est situé l’enclave » (Fred Doura, 2003 : 53).

Ce point que fait Doura sur les caractéristiques des zones franches est encore plus éclairant quand il saisit Haïti par rapport au système économique mondial, dans son ouvrage « Haïti. Histoire et analyse d’une extraversion dépendante organisée ». Il explique que le pays est incorporé dans le marché capitaliste mondial depuis l’époque coloniale comme producteur de denrées agricoles pour l’exportation : café, cacao… C’est une logique de croissance extravertie centrée sur la contribution des capitaux étrangers, qui crée en fait une dépendance commerciale. Laquelle dépendance trouve son origine dans le pacte colonial qui cadrait les rapports entre la métropole française et la colonie de Saint-Domingue.  Et encore plus, ce pacte colonial fait son petit bonhomme de chemin depuis le 19ème siècle jusqu’au début du 21ème siècle (Fred Doura, 2010 : 20). Ainsi, comme on peut l’observer au moment de la colonisation française de Saint-Domingue, l’économie haïtienne ne forme pas un tout cohérent où subsiste un système de relation qui inclut prix, flux et information.

La plantation est une entreprise du mode de production capitaliste dans laquelle on obtient une production de capitaux industriels à partir de capitaux marchands.

Jean Casimir

L’ensemble des pratiques économiques et la logique que je viens d’esquisser chez Fred Doura (2003 ; 2010) peut être saisi sous le label : économie de plantation, qu’on retrouve dans les travaux de Jean Casimir, notamment dans la « Culture opprimée ». En effet, on peut prendre la plantation à deux (2) niveaux : comme réalité socio-historique émergée dans le contexte colonial du capitaliste mercantile et comme une organisation sociale. Comme réalité socio-historique, « La plantation est une entreprise du mode de production capitaliste dans laquelle on obtient une production de capitaux industriels à partir de capitaux marchands » (Jean Casimir, [1980], 2001 : 75). De même que la zone franche, les plantations en tant qu’entreprises économiques n’entretiennent pas de relations entre elles, et elles sont complètement orientées vers l’extérieur et entièrement indépendante du reste de l’économie. C’est la raison pour laquelle, selon Casimir ([1980], 2001), chaque plantation est une institution économique totale. Et comme organisation sociale, la plantation déborde le cadre de l’économique, car elle a la responsabilité de peupler le territoire. Le peuplement du territoire nécessite un ensemble de structures et de sous-structures sociales pour assurer l’intégration des individus dans la plantation, mais aussi pour réguler les interactions entre les colons et les captif-ve-s en situation d’esclavage. D’où l’expression : société de plantation (Jean Casimir, 2009).  L’Administration coloniale joue un rôle central dans la gestion de la plantation et s’assure que les intérêts de la métropole soient respectés.

En ce sens, cette administration met sur pied à Saint-Domingue un système de gestion de la plantation qui favorise son efficacité au lieu d’un dispositif qui assure la gestion des conflits entre les forces sociales en présence (Jean Casimir, 2018). Quoique la lutte pour l’Indépendance a éliminé ce dispositif de gestion, mais elle n’a pas pu se défaire de sa logique. Car ce sont les généraux de l’armée indigène qui ont pris la direction politique du pays leur permettant de définir des buts à atteindre (des objectifs) et d’intégrer économiquement le territoire. Le modèle d’intégration mis en place ne dépasse pas celui de la métropole française au moment de la colonisation. C’est-à-dire, en matière de politique territoriale, ils ont reproduit la logique coloniale avec la même cohérence économique, qui n’est autre que le projet de la plantation. Ce fait traduit le mode de relation que l’État entretient avec la société haïtienne, particulièrement avec la classe paysanne, en témoigne aujourd’hui la décision concernant Savane Diane. 

Conclusion

Il est clair qu’il existe de liens directs entre les zones franches d’aujourd’hui et la plantation dans la colonie de Saint-Domingue. C’est ce que montrent les travaux de Doura et de Casimir. Il en résulte que la zone franche et la plantation sont des entreprises capitalistes qui produisent pour le marché international. Elles sont financées par des capitaux directs étrangers ; elles n’entretiennent non seulement aucune relation entre elles, mais également aucune avec l’économie locale et les bénéfices s’en vont dans le pays-foyer. Par-dessus tout, la logique de l’économie de plantation oblige les travailleur-euse-s à produire ce qu’ils/elles ne consomment pas et à consommer ce qu’ils/elles ne produisent pas. C’est tout le sens de l’arrêté du 8 février 2021 lorsqu’il exproprie les paysan-ne-s des terres certifiées en agro-biodiversité pour la consommation locale, en les donnant à la culture de Stévia, une plante que les populations qui y vivent ne consommeront pas. Cette décision va rendre le pays encore plus dépendant sur le plan alimentaire, et continuer le processus de déstructuration de la paysannerie haïtienne. L’impact sera encore plus grand que ce qu’on pourrait imaginer, car il attaque les bases culturelles de notre société considérant notre rapport avec la nature.

Alors, il serait intéressant de voir les conditions de possibilités permettant à cette logique économique de traverser toute l’histoire de la société haïtienne. En ce sens, une étude sur les différentes catégories sociales qui ont pris part à la lutte révolutionnaire et sur leur parcours dans le contexte post révolutionnaire peut être révélatrice.

Bibliographies

1.    Claude Ardy JULIEN, « L’État faible en Haïti : l’épistémè post-sismique », Port-au-Prince, 2018.

2.    Fred DOURA, Économie d’Haïti. Dépendance, crises et développement-3, Les Éditions DAMI, Montréal, 2003.

3.    Fred DOURA, Haïti. Histoire et analyse d’une extraversion dépendante organisée, Les Éditions DAMI, Montréal, 2010.

4.    Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire de l’Université d’État d’Haïti, Inventaire et Description des Zones Agro-Écologiques de Savane Diane, Juin 2003.

5.    Frédéric THOMAS, « Haïti. Un modèle de développement anti-paysan », 2015. Lu en ligne le 18 février 2021.

6.    Gouvernement de la République d’Haïti, « Plan d’Action pour le Relèvement et le Développement National d’Haïti », 2010.

7.    Gouvernement de la République d’Haïti, Plan Stratégique de Développement d’Haïti. Pays émergent en 2030, 2012. 

8.    Jean CASIMIR, La culture opprimée, Imprimerie Media-Texte, Port-au-Prince, 2001.

9.    Jean CASIMIR, Haïti et ses élites. L’interminable dialogue de sourds, Collection Haïti-Poche, Éditions de l’Université d’État d’Haïti, Port-au-Prince, 2009. 

10.  Jean CASIMIR, Une lecture décoloniale de l’histoire des Haïtiens. Du Traité de Ryswick à l’occupation américaine, Port-au-Prince, 2018.

11.  Jn Anil LOUIS-JUSTE, Haïti : Jeunesse, Université et Société, AlterPresse, août 2004. Lu en Ligne le 23 février 2021 : www.alterpresse.org/spip.php?article1554 

12.  Jn Anil LOUIS-JUSTE, Haïti : (Re)fonder la nation, un problème théorique et une solution pratique. L’illusion politique du « Kolektif Solidarite ak Libète », AlterPresse, février 2006. Lu en ligne le 18 février 2021 : https://www.alterpresse.org/spip.php?article4318#.YDRrq6vPzIU

13.  Michel Rolph TROUILLOT, Ti Dife Boule Sou Istwa Ayiti, Edisyon KIK, Delmas, 2012.

14.  Paul COLLIER, « Haïti : des catastrophes naturelles à la sécurité économique ». Rapport su Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, Janvier 2009.


[1] D’après une note de dénonciation de l’organisation féministe SOFA parue le 15 février 2021. Des paysannes membres de l’organisation ont 13 hectares de terre à Savane Diane.

[2] https://www.cadtm.org/IMG/pdf/Haiti_construire_ou_reconstruire.pdf. Consulté le 19 février 2021.

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